Du lundi 25 juillet au mardi 23 août rediffusion du meilleur de l’année
Article paru le 3 décembre 2021
Messieurs le Président et le Directeur général d’Adecco
Nous vous écrivons une lettre que vous lirez peut-être si vous avez ou plutôt en prenez le temps. Préférant le dialogue direct et simple, nous ne sommes pas coutumiers des lettres ouvertes mais l’absence de véritable dialogue dans l’entreprise nous impose d’utiliser tous les moyens à notre disposition pour tenter d’éveiller votre attention pour le moins distraite.
Le groupe Adecco est aujourd’hui plus que jamais florissant et n’en finit pas d’améliorer sa rentabilité tout en multipliant les acquisitions. Capable de débloquer 232 millions d’euros d’actions une semaine puis de lever 1,5 milliards la semaine suivante pour acquérir le groupe français Akka Technologies et, dans la foulée, d’entrer en négociation exclusive avec BPI Group pour mettre la main dessus tout en trouvant encore 65 millions d’euros pour reprendre QAPA, l’opérateur digital qui nous apprendra à faire de l’intérim sans agences : qui dit mieux ? Réussir en même temps à maintenir plus d’un milliard de fonds propres alors que les besoins normaux de l’entreprise en nécessiteraient infiniment moins : étrange ! Aujourd’hui le groupe Adecco est riche à crever et profitable à en faire pâlir la plus performante des banques d’affaires.
Mais avez-vous déjà entendu parler de la juste répartition de la valeur en entreprise ? Le thème est en vogue dans la presse et dans certains microcosmes politiques et médiatiques mais sans qu’on n’entrevoie jamais le moindre début d’application concrète de ce noble idéal. Il ne devrait pourtant plus être admissible, ni même possible de continuer à ignorer la nécessaire répartition des profits entre l’entreprise, les actionnaires et les salariés.
Maintenant, c’est à la fois un appel au secours et un avertissement que nous vous lançons. Oui, un avertissement Messieurs. Vous allez trop loin, beaucoup trop loin et votre exigence au service exclusif de l’actionnariat nuit grandement aux salariés qui ont fait l’entreprise et à sa pérennité. Et n’oubliez pas le dicton plein de bon sens qui affirme que « tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise ». En décodé cela signifie que le manque de mesure finit généralement assez mal.
Le nouveau système de rémunération variable à l’appellation ésotérique « Pryramides » (des bénéfices ?) restera dans l’histoire d’Adecco la provocation inutile, le faux-pas de trop. Encore plus complexe, opaque et inéquitable que les précédents ce nouveau calcul aggrave la prédation de l’entreprise sur ses collaborateurs. Fallait-il ajouter à cette faute majeure l’humiliation gratuite de négociations annuelles obligatoires (NAO) dont l’issue résonne comme une phénoménale gifle assénée aux salariés et tout particulièrement à ceux qui n’ont pour principal tort que de gagner plus de 2 000 euros par mois ?
Dans votre tour d’ivoire, dans votre bunker ou au château zurichois personne ne prête-t-il attention à la colère qui monte du réseau ? Que pensez-vous de la récente expertise qui épingle les risques psychosociaux chez Adecco, du turn-over, cette fuite continue de talents que nous payons très cher, notamment en parts de marché ? Comment osez-vous dans ce contexte imposer des budgets 2022 hors-sol, démoralisants à souhait et qui hypothèquent, dès le premier jour du premier mois de l’année les perspectives de rémunération variable ? Ajouté à tout cela, les restructurations et réorganisations perpétuelles ont lassé les équipes qui ne comprennent plus où veut en venir l’entreprise. Y-a-t’il encore un capitaine à la barre entend-on souvent ?
Aujourd’hui, les échanges se multiplient entre équipes et même les Directeurs de zone, habituellement fidèles parmi les fidèles, commencent à renâcler. Nous ne souhaitons pas souffler sur les braises qui rougeoient ici et là dans le réseau mais nous nous devons, par notre engagement, nos valeurs et nos statuts, de fédérer au mieux ces mécontentements pour aboutir à des échanges constructifs et profitables à tous les salariés.
Ces douloureux constats posés, nous vous proposons d’échanger sur ces sujets et sans doute quelques autres, si possible dans les meilleurs délais, afin de tenter de restaurer un dialogue sain et constructif dans l’intérêt de tous.
Recevez, Messieurs, nos sincères salutations
Adecco est devenue une entreprise à fuir.
Entre salaires très très bas, pas de primes, un management très destructeur (par exemple dans le Nord… 🥲) , et aucune perspective de carrière a moins d’être une marionnette de la direction (sans trop de jugeote svp)